Œnologie

 

Outre les profondes modifications "territoriales" risquant de survenir dans les années à venir ou ayant déjà lieu en Aquitaine à cause du réchauffement planétaire observé depuis vingt-cinq ans, il semblerait que le monde subtil de l'oenologie aquitaine ait également à subir les répercussions de ces changements climatiques, en particulier si ceux-ci venaient à s'accentuer.

Une incidence sur la qualité des vins

A Sauternes (Gironde), commune dont les vignobles sont réputés dans le monde entier, on ne vendange le raisin que lorsqu'il est pourri par un champignon nommé botrytis cinerea ; ce champignon provoque une pourriture dite "noble" indispensable à l'élaboration des vins liquoreux et est par conséquent un élément clé de la qualité des sauternais.

Le botrytis cinerea nécessite un climat particulier pour se développer ; ainsi une alternance quotidienne de brume matinale et de chaleur, particulièrement effective au début de l'automne, est-elle particulièrement favorable à la prolifération de ce champignon.

 

Action du botrytis cinerea sur une grappe de raisin (pourriture noble) ; photographie : http://www.rousseau-freres.com/UserFiles/Image/malvoisie2.jpg


 

Aussi est-il très probable que, sous l'effet du réchauffement climatique, l'on assiste à Sauternes à la création de millésimes de plus en plus exceptionnels en raison de la chaleur ; ce phénomène pourrait devenir paradoxalement avantageux pour les producteurs.

Toutefois, l'action bénéfique de la prolifération du botrytis cinerea reste limitée : le champignon fait en effet augmenter de manière considérable la teneur en alcool et en sucre des vins, et nombre de producteurs se sont vus refuser des AOC (Appellations d'Origine Contrôlée : certifications officielles de qualité délivrées par un organisme dépendant d'un ministère et sanctionnée par un service de répression des fraudes ; elles garantissent l'origine de produits alimentaires traditionnels français).

De plus, le botrytis cinerea est également responsable d'une pourriture néfaste, appelée "pourriture grise" ; cette maladie se manifeste beaucoup plus fréquemment que la "pourriture noble" au niveau des vignes, et entraîne la plupart du temps la perte plus ou moins importante d'une partie de la récolte.

La température optimale pour le développement de cette infection étant de 20°C, il va sans dire que si les températures continuent à augmenter rapidement en Aquitaine, les producteurs auront à affronter la prolifération de plus en plus importante de cette pourriture grise nuisible aux cultures, et que la qualité des vins en pâtira.

 

 

 Graphique : http://www.20dalsace.com/pages/rechauffement_climatique.htm

 

La graphique ci-dessus présente la qualité des vins (évaluée selon les notes de dégustation attribuées) en fonction des températures observées à Bordeaux et dans le Médoc.

La qualité d'un vin augmente avec la température jusqu'à un certain seuil, à la suite duquel elle diminue.

Ainsi, et sur la base de l'étude de cinquante millésimes, une température moyenne optimale pour la qualité des vins d'une région a pu être déterminée de manière théorique pour chacune d'entre elles : elle est de 17,3 °C pour notre région.


Or, comme le montre le graphique présenté ci-dessous, une étude a été réalisée pour évaluer l'écart, en degrés Celsius, entre la température optimale et la température moyenne estimée en 2050 dans diverses régions viticoles françaises ; les résultats sont sans appel : les températures en 2050 seront bien plus élevées que nécessaire, en particulier en Aquitaine, et la qualité des vins en sera forcément altérée, comme l'indique le premier graphique.

 

 

 Graphique : http://www.20dalsace.com/pages/rechauffement_climatique.htm

 

Si certaines mesures reposant à la fois sur les pratiques culturales et sur les techniques de vinification ont déjà été entamées, la profession n'aura certainement pas d'autre choix que de prendre à terme de lourdes orientations stratégiques pour conserver la qualité des vins que nous connaissons aujourd'hui et qui font en partie la réputation de notre région.

Avancement des dates de récolte

En Aquitaine comme partout ailleurs en France, la viticulture est marquée par des récoltes de plus en plus précoces, l'année 2003 détenant le record avec des vendanges débutées le 19 août dans certaines régions !

Le graphique ci-dessous présente l'évolution des dates de vendanges à St Emilion (Gironde), depuis 1892 : l'on remarque une tendance nette et continue à la précocité des récoltes débutant en 1988 pour atteindre le 259ème jour de l'année (15 septembre). Si, depuis 1892, St Emilion a connu plusieurs phases de "précocité" des vendanges, les dates moyennes enregistrées depuis 1988 n'ont jamais été atteintes au cours de la période considérée.

 

 

 Graphique : http://onerc.org/listAllIndicators.jsf

 

Les vins les plus fins étant généralement ceux issus des raisins de cépages tardifs (début d'automne), une précocité de plus en plus importante dans les vendanges entraînerait très probablement une altération de la qualité des vins : par exemple, les cépages précoces plantés en zones chaudes (hémisphère Sud) ne donnent généralement que des vins uniformes.

 

Déplacement des cultures

Il existe une ultime et surprenante conséquence du réchauffement climatique sur la viticulture aquitaine : les spécialistes estiment en effet qu'un réchauffement de 1 oC de la température moyenne équivaudrait à un déplacement du climat, et donc des vignes, d'environ 200 kilomètres vers le nord.

Un réchauffement encore plus important pourrait ainsi entraîner le déplacement des vignes aquitaines actuelles jusqu'en Angleterre dans les siècles à venir (source : http://www.75cl.info/article.10.931.1750.htm).

 

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